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dimanche 3 mai 2015

Témoignage de Cecily McMillan



Cette jeune femme âgée de 26 ans, militante active au sein du mouvement Occupy Wall Street est injustement accusée et emprisonnée à la célèbre prison de New York City, Rikers Island.

Cet établissement pénitencier est légendaire. Près de 75 pour cent de tous les criminels de l'État de New York ont commis des crimes à New York et par conséquent, à un certain moment, ont traversé Rikers Island (L'île de Riker).

L'île, située dans l'East River à côté de l'aéroport de LaGuardia, est une demeure temporaire de la ville pour des milliers de détenu(e)s en attente d'une date d'audience ou purgent de courtes sentences.

Cecily avait agressée un policier lors d'une manifestation en mars 2012 et sentencée à une peine de 90 jours et assortie de 5 ans de probation. Le juge Ronald Zweibel avait rejeté sa version des faits et les preuves n'avaient donc pu être présentées aux jurés.

Neuf jurés sur les douze qui avaient condamnés McMillan d'agression au second degré sur un policier ont demandé la clémence du juge, ne croyant pas qu'elle devrait servir du temps en prison.

La militante a servi 59 jours et est maintenant devenue l'avocate des détenues qu'elle a rencontré derrière les barreaux. Plusieurs, dit-elle, ont été privées de soins médicaux adéquats.

« Votre corps ne vous appartient plus », dit-elle en parlant du mot de bienvenue que la capitaine des gardiennes annonce à toutes les détenues dès leur arrivée à Rikers.

Selon la version de madame McMillan et de la vidéo qui n'a jamais été admise en preuve, probablement pour couvrir les policiers du NYPD et pour faire un exemple, la jeune militante ne participait pas à la manifestation en tant que telle.



Lorsque celle-ci est devenue plus violente, Cecily s'est fait attrapé par le sein droit et soulevée de terre. Elle avait réagi instinctivement en élançant son coude dans la figure du policier. Ce qui lui avait valu une arrestation très brutale de la part des confrères du flic et provoqué des convulsions.



Cependant, c'est derrière les barreaux que Cecily a vécu un enfer que l'on ne souhaite à personne. Il faut se rappeler par ailleurs l'histoire cette comédienne bien de chez nous qui, elle aussi avait été incarcérée à cet établissement pénitencier.

Geneviève Sabourin avait été trouvée coupable de cinq chefs d'acusation de harcèlement, à l'endroit de l'acteur américain Alec Baldwin et incarcérée à Rikers pour subir une peine de six mois.

Madame Sabourin trouvait ses conditions de détention très pénibles et je me demande comment elle a réussi à passer au travers. Selon McMillan, les femmes ne reçoivent pas les soins médicaux demandées dans les délais prescrit par les règlements de la prison.

Pour ce faire une idée plus précise sur la situation actuelle de la vie derrière les barreaux à Rikers, voici son témoignage, que j'ai traduis de l'anglais. J'ai essayé de le faire le plus fidèlement possible. Vos commentaires seront très appréciés. Bonne lecture.
Son témoignage  



Je n'ai pas pleuré à ma première nuit en prison.

Au moment de mon arrivée à Rikers pour mon admission, j'ai dû attendre 12 heures - les files, les empreintes digitales, la fouille à nu - il était finalement 4:00 du matin.

Dans un dortoir de 50 femmes, je me couche sur un lit plus petit qu'un double, avec un matelas si mince que je pouvais sentir le métal froid dans mon dos. 

Je ne me sentais pas grand'chose émotionnellement, sauf un vague sens de résolution. Au moins, je connaissais maintenant mon sort : j'étais une criminelle condamnée.

J'avais passé deux années dans l'attente de mon procès, accusée d'avoir agressé un flic lors d'une manifestation organisée par OWS (Occupy Wall Street) en mars 2012.

Selon mon souvenir, l'agent m'avait surprise par derrière, saisissant mon sein droit avec tant de force qu'il m'avait soulevée de terre. C'est à ce moment que mon coude a rencontré son visage.

La blessure sur le sein droit laissé par l'agent du NYPD
À l'époque, j'étais une étudiante diplômée à The New School for Social Research et bénévole en tant qu'organisatrice syndicale. En fait, j'aidais les services de police à négocier des contrats.

Je faisais mes études pour des mouvements non violents et j'avais été inspirée par les pacifistes comme Bayard Rustin, le militant qui a aidé Martin Luter King Jr. Mon arrestation était l'opposé de tout ce en quoi je croyais.

Je me souviens de quelqu'un me poussant sur le sol, mon visage frappant un grillage. On m'avait attachée à un brancard, ma jupe relevée au-dessus de mes hanches. J'avais des contusions partout sur le corps.

Les agents plaisantaient à propos de mon « Ocupussy ». J'ai appris plus tard que j'avais été battue sur la tête, déclanchant des convulsions.

Les vidéos publiées en ligne montraient les gens crier : « aidez-la ! » au milieu de la crise, pendant que les flics se trouvaient là.


La première fois que j'ai vu ces images, j'ai regardé, horrifiée - je ne pouvais croire que j'étais la personne traversant cette épreuve.

Au procès, je me suis assise en essayant de paraître calme malgré que j'étais en morceaux. Les procureurs disaient que je m'étais moi-même infligée mes blessures.

Ils disaient aussi que je n'avais pas mentionnée immédiatement avoir été agrippée par derrière - mais j'étais complètement désorientée après la convulsion.

Le juge n'a pas voulu admettre la preuve que mon avocat voulait montrer aux jurés, incluant une série de vidéos de l'incident. J'ai été déclarée coupable et envoyée illico à Rikers Island dans l'attente de ma sentence.

Me Stolar et sa cliente, Cecily McMillan
Mon avocat, Me Martin Stolar, un expert dans les droits humains et un observateur pour le mouvement Occupy qui avait défendu ma cause gratuitement, avait été si choqué par le verdict qu'il était visiblement ébranlé.

Les procureurs m'avaient offert un marché qui m'aurait gardée à l'extérieur de la prison mais j'ai refusé de plaider coupable à quelque chose que je n'avais pas fait, surtout pour une agression.

Alors j'ai sacrifiée ma liberté pour mes convictions. Je ne le regretterai jamais. Mais je ne serai jamais plus la même personne après Rikers.

Je sais maintenant ce que c'est que de perdre sa liberté, d'abandonner tout sens de l'espace personnel et de faire face à un niveau d'humiliation qui est presque impossible à décrire ici.

Mme McMillan était incapable de se tenir debout à son arrestation

Les premiers jours, j'ai tenté de comprendre « comment  faire en prison ». Je savais que je devais me faire des amies rapidement.

J'ai commencé par donner aux autres ma nourriture : saucisses de dinde, des haricots et légumes en conserve. J'ai essayé de penser à Rikers comme une étude de société.

Ce sentiment n'a pas duré longtemps. À ma troisième ou quatrième nuit, je pleurais déjà, le visage enfouie dans une couverture effilochée. Je ne pouvais ni ne devait laisser quelqu'un m'entendre.

Pleurer la nuit fait en sorte que les agents correctionnels claquent les lumières et crient, alors tout le monde est réveillé et furieux. Mais quelque chose de drôle est aussi arrivé cette nuit. 

Une femme a commencé à chanter doucement : « Wimoweh, wimoweh. » D'autres se sont jointes : « In the jungle, the mighty jungle, the lion sleeps tonight (dans la jungle, la terrible jungle, le lion dort ce soir). »

Les femmes, dans leur adolescence, dans les années 80, chantaient cette chanson. Ça semblait comme si je me retrouvais dans un camps d'été et j'ai réalisée que nous étions toutes dans le même bateau.

On m'a remis une combinaison informe et je suis déménagée vers un nouveau dortoir. J'ai également appris ma sentence : 90 jours. Je me sentais comme si le système avait été contre moi.

Je représentais un mouvement, non une personne. Mais je suis demeuré concentrée. Je travaillais sur ma mémoire de maîtrise en prison.

Être poli vous apportera des ennuis. J'ai appris cela lors d'une bagarre pour obtenir ma médication pour le TDAH.  Tout, à l'intérieur des murs est attente et obstruction.

Vous passez des heures à attendre en file indienne - pour les passes de courrier, pour le téléphone - seulement pour être refusée pour des raisons arbitraires. Je savais que sans mes médicaments, si un bouleversement survenait dans ma vie, ça déclancherait une crise d'angoisse, ce qui pouvait être confondu pour une crise de colère, m'aurait amenée directement en isolement.

Merci aux amies qui ont soulevées un chahut avec les responsables publics. J'ai reçu mes médicaments. Mais lorsque j'ai rencontré le pharmacien, je ne pouvais pas l'entendre car un CO (Correction Officer - Agent correctionnel) criait dans le vestibule.

J'ai crier : « Monsieur, je suis désolé mais j'ai du mal à vous entendre ! » Erreur. « Est-ce que vous me dites de la fermer ? » gueula-t-il, dans une tirade. Plus tard, quand je me suis levé pour partir, je me suis excusée. Il aboyait : « Toi, la putain blanche, je vous ai dit de la fermer ! »

Mes yeux se sont tournés vers sa plaque d'identification. « Tu veux voir ma plaque ? », en hurlant. Vous êtes supposé être en mesure de signaler les griefs mais je n'ai dit quoi que ce soit. Je craignais les représailles.

J'avais déménagée à New York pour les études supérieures. Je voyais des gens vivrent dans la rue mais personne ne semblait les entendre. Le mouvement s'est mis en route en août 2011 et j'ai aimé son objection à la cupidité des entreprises et à l'inégalité des revenus.

Je n'étais pas la militante la plus populaire parce que je n'entrais pas dans le moule. Avec mon iPad et des talons Manolo de seconde main, j'étais surnommée la Paris Hilton d'Occupy.

Les gens ne connaissaient pas mon passé. J'ai grandi dans un parc à roulottes dans l'Est du Texas avec une mère célibataire et mon frère. Ma mère avait tellement de dignité que je ne réalisais pas que nous étions pauvres. 

Une fois, pendant une distribution de nourriture à l'école, je vidais nos placards et empaquetais les conserves. J'ignorais alors qu'ils avaient été donné à ma propre famille.

J'étais une jeune idéaliste. je faisais du lobbying pour abolir le code vestimentaire de l'école et je recevais une fessée avec une planche de bois si je refusais de faire les prières du matin à mon école publique.

Je passais mes étés à Atlanta (Georgie) avec mon père j'aimais la grande ville. J'ai obtenue une bourse à l'Université Lawrence dans le Wisconsin et ensuite, je suis déménagée dans le Grosse Pomme.

Occupy Wall Street a mis en place le camp dans le parc Zuccotti, dans le quartier financier de Manhattan en septembre 2011. Le jour de la Saint-Patrick, j'étais habillée en vert quand je suis allé au parc ramasser un ami pour se rendre dans un bar.

Mais les policiers marchaient en faisant un  balayage à travers le parc, alors j'ai commencé à m'éloigner. C'est à ce moment que mes problèmes ont débutés. 

À Rikers, la rumeur se répandait que je faisais partie du mouvement Occupy et certaines gardiennes me disaient, secrètement, qu'ils aimaient le message du groupe. 

Leurs vies n'étaient pas aussi génial : elles étaient aussi en prison, toujours à se faire crier après par les supérieurs. Ils vivaient dans les mêmes rues que les criminels.

Cela ne veut pas dire que les indignés ne sont pas endémiques. Les gens demandent souvent si la prison est comme Orange Is The New Black (une série qui explore les facettes de la vie dans une prison pour femmes) mais je ne vois rien de semblable dans l'incarcération et le divertissement.

Chaque jour en prison, vous êtes rabaissé et réprimandé. Il n'y a pas de bibliothèque, pas de télévisions, pas de téléphones cellulaires. Je suis passé par un combat surréaliste pendant des semaines, juste pour obtenir une paire de chaussures sport, alors je pouvais enfin courir et faire le tour de la cour.



Avant et après chaque visite, vous devez enlever tous vos vêtements, vous accroupir et tousser par trois fois pour prouver que vous ne cachez rien d'illégal. Ce sont des fouilles à nu et elles sont humiliantes à un degré tel que je ne saurais vous expliquer. Il faut le vivre pour le comprendre. Et pendant certaines nuits, aléatoirement, les gardiennes font irruption dans les dortoirs en tenue anti-émeute.

Vous faites la file pendant que cinquante femmes sont fouillées et radiographiées sur une chaise spéciale. Ensuite, vous revenez à votre lit et maintenez le matelas pendant que les officiers vident les deux seaux bleus où vous gardez des objets personnels, confisquant tout selon leur bon vouloir. C'est comme si une tornade avait frappée la pièce.

Dans mes seaux, j'avais 700 lettres de mes partisans. Il m'a fallu des heures pour tout remettre en ordre après une fouille. Je gardais mes seaux très organisés, au grand amusement des autres détenues. « La fille blanche fait encore ses seaux », disaient-elles.

Un jour, quelqu'un m'a volé quelque chose dans l'un d'eux : une petite radio. C'est quand j'ai rencontré mon amie Ida, une détenue plus âgée. « Tu dois vouloir déménager dans un quartier avec moins de trafiquants », dit-elle.

Nous avons appellé nos lits « maisons » et divisé le dortoir en « quartiers ». Les gens devaient respecter leurs voisins, ne pas envahir d'autres maisons en marchant trop près. J'ai déménagée dans le quartier de Ida.

Ma libération est arrivée au bout de 58 jours. J'ai perdu 17 livres. Maintenant, je suis en probation pour cinq ans. Comme criminelle, je ne peux pas voter pendant les sept prochaines années. Mon avocat fait appel de ma condamnation.

Même avoir reçu sa liberté est devenu un procès. Le jour de ma libération, mes ami(e)s de l'extérieur m'avaient aidé à mettre en place une conférence de presse de l'autre côté du pont, de parler pour les femmes emprisonnées.


Mais un CO m'a dit qu'il avait reçu l'ordre de me conduire à une station de métro, à 45 minutes de distance. J'ai protestée mais personne n'y pouvait rien, alors voilà où je me suis retrouvée.

J'ai emprunté le téléphone d'un étranger pour appeler mes ami(e)s qui m'ont ramenée vers le pont. J'ai donné ma conférence de presse, en décrivant la façon dont ces femmes ont été traitées. 

Elles m'avaient soutenue, devenant mes amies, mes confidentes et défenseurs. Je suis maintenant leur avocate. Je suis entré à Rikers Island dans le cadre d'un seul mouvement, et à gauche dans le cadre d'un autre.


Lieu : Saint-Hyacinthe, QC, Canada

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